Accès aux services financiers: L’urgence de renforcer l’inclusion financière

Ajouté le 04/01/2017 à 09:44

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Accès aux services financiers: L’urgence de renforcer l’inclusion financière
L’inclusion financière constitue un réel défi pour le système financier tunisien classique, n’arrivant pas à s’adresser à toutes les catégories sociales, renforçant ainsi l’exclusion financière et les inégalités régionales. Selon une étude de la Société Financière Internationale (IFC), publiée en 2015, le taux d’inclusion financière se situerait à 36%.Malgré une demande accrue pour l’accès aux services financiers de la part des particuliers (2,5 à 3,5 millions), 30 à 40% de cette demande restent non ou mal servies, selon le ministère des Finances. Ajoutons à cela que 64% de la population tunisienne de plus de 15 ans n’ont pas accès ou utilisent peu les services financiers formels, selon le ministère des Finances.Cette demande est aussi importante pour les micro et très petites entreprises. 245 mille à 425 mille d’entre elles auraient besoin d’une gamme de services financiers spécifiques, représentant 37% à 65% des entreprises enregistrées dans le Registre National des Entreprises (RNE), d’après l’étude de l’IFC.
ProblématiquesCes chiffres reflètent une réelle problématique au niveau de l’accès aux services financiers qui restent encore fragmentés et non inclusifs à l’ensemble de la population, selon une étude de la Banque mondiale de 2015. «Les moyens de paiement sont limités et/ou peu utilisés, les options de financement sont encore trop peu nombreuses et souvent complexes pour les entreprises (garanties requises, procédures administratives) et l’assurance est quasi-inexistante. L’offre est de plus géographiquement concentrée sur le Grand-Tunis et la région côtière».Un diagnostic qui colle avec une réalité assez contraignante. Les populations à bas revenus, qui sont exclus la plupart du temps des services financiers classiques, en ont le plus besoin, en raison de l’irrégularité de leurs revenus. Ce qui en fait des clients potentiels qui peuvent dynamiser le système financier actuel. Leur exclusion financière ne les empêche pas d’avoir une activité financière très active, mais aussi de recourir à des solutions de substitution qui ne sont pas très fiables et risquées, telles que l’épargne en nature. Pour les très petites et les microentreprises formelles, l’absence de garantie réelle fait que leur accès au crédit est limité. Selon la vision concertée pour le développement de la microfinance 2011-2014, élaborée par le ministère des Finances, le secteur des microcrédits ne répond que partiellement à la demande des microentreprises informelles et des personnes à bas revenus, soit moins de 400 mille emprunteurs contre une demande potentielle entre 1,2 à 1,4 million. Ce qui requiert une adéquation des services financiers actuels avec ces besoins en croissance, surtout dans un contexte économique difficile caractérisé par un taux de chômage élevé et une fragilité sociale accrue. La réalisation de l’objectif de l’inclusion financière pourrait contribuer à la croissance économique et la stabilité financière, créer des opportunités d’emploi, réduire les inégalités, etc. 
Principaux acteursCet impact positif du développement de l’inclusion financière devrait être défini dans le cadre d’une stratégie nationale, selon la Banque mondiale, se basant sur une étude de marché des différents segments non servis par les services financiers et des opportunités qui se présentent. A noter que les principaux fournisseurs des services financiers sont les banques, la Poste et les Institutions de MicroFinance (IMF), y ajoutant les sociétés de transfert d’argent, les sociétés d’assurance, les sociétés de leasing et autres. En fait, les banques dominent le secteur financier tunisien, alors que le système financier non bancaire reste assez modeste et la microfinance ne compte que 0,2% des actifs du secteur financier. Selon le rapport de Global Findex en 2014, les Tunisiens ont très souvent recours aux services financiers informels, soit 8% des adultes seulement ont emprunté d’un établissement financier formel. Selon la Banque mondiale, la plupart des institutions financières considèrent le marché des Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises risqué et opaque, mais inévitable en raison de son importance dans le tissu économique. Malgré cela, aucune institution financière tunisienne ne dispose d’une stratégie dédiée pour ce marché, selon l’IFC, excepté les deux banques spécialisées, la Banque tunisienne de Solidarité et la Banque de financement des petites et moyennes entreprises (Bfpme). La Poste Tunisienne représente aussi un acteur incontournable pour le renforcement de l’inclusion financière, vu l’étendue de son réseau (1054 agences en 2015). Elle est aussi la cible privilégiée des personnes à bas revenus, vu qu’elle offre des services financiers variés, des tarifs accessibles et des conditions avantageuses pour les comptes d’épargne postale (3871 millions d’épargnants en 2015). Mais certaines lacunes persistent. Selon la Banque mondiale, environ le quart de ses agences ne sont pas connectés au serveur central, disposant seulement de 212 DAB, avec des horaires d’ouverture d’agence relativement restreints et des montants minimum de versement. Elle n’offre pas également de solutions de micro-épargne. D’ailleurs, plus de 50% de ses comptes sont inactifs. 
MicrofinanceDe leur côté, les IMF sont les acteurs incontournables pour le renforcement de l’inclusion financière. Actuellement, il existe six IMF sous forme de Société Anonyme, accrédités par l’Autorité de la MicroFinance (AMF). Fondée en 1995, EndaTamweel est l’institution pionnière de la microfinance en Tunisie, avec une part de marché d’environ 50% et ayant 78 agences, plus de 240 MDT d’actifs et plus de 246 mille emprunteurs en décembre 2014, selon la Banque mondiale.Après la promulgation du décret loi n°2011-117, portant sur l’organisation des activités des institutions de la microfinance, cinq IMF ont vu le jour, à savoir TaysirMicrofinance, Microcred Tunisie, Centre Financier aux Entrepreneurs (CFE), Advans et ZitounaTamkeen. Une seule IMF existe actuellement sous forme d’association, qui est ASD Tamweel. Ces IMF sont en train de développer leurs réseaux assez rapidement et leur part de marché est en cours de progression. Par le biais de cette même loi (article 43), l’Autorité de contrôle de la microfinance (ACM) a été instituée. Il s’agit d’une autorité de supervision qui intervient tout au long du cycle de vie de l’institution de microfinance depuis son accès à l’activité jusqu’à sa sortie éventuelle. Cela concerne la phase d’octroi de l’agrément, la phase post-agréement (audit, respect de la réglementation). Elle intervient également dans la mise en place d’un système de centralisation des risques du secteur de la microfinance. L’ACM peut demander aux IMF de lui fournir les statistiques et les informations pour alimenter la Centrale des risques, ayant pour objectif la collecte et la diffusion des informations et la vérification de la solvabilité des bénéficiaires futurs et actuels. Ceci leur permet d’élargir leurs opérations de crédit, de réduire les pertes et de renforcer leur stabilité institutionnelle.Cela dit, les IMF font face également à des difficultés de financement puisque la réglementation actuelle n’a pas prévu le refinancement des crédits bancaires accordés aux IMF, bien que l’encours global des crédits mobilisés par les IMF s’élève à 78 MDT à fin 2015, selon la BCT. De même, elles ne respectent pas encore les conditions pour l’émission des obligations, ne leur permettant pas de mobiliser des ressources sur le marché financier. Ce qui requiert de donner plus de souplesse juridique pour permettre aux IMF de jouer pleinement leur rôle dans l’appui à l’économie et la création d’emploi.Cela est d’autant plus important avec l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. Selon la Banque mondiale, cela constituera une contrainte pour les IMF qui seront obligées de se refinancer en monnaie étrangère à un coût plus élevé que le financement local. La solution réside, d’après la même source, dans le recours à des solutions alternatives comme la révision du rôle de la Banque Tunisienne de Solidarité, (BTS), la création d’une institution de refinancement, de mécanismes de soutien de liquidité temporaire et à valeur ajoutée.

Par : Maha Ouelhezi

Mardi 26 Septembre 2017